Les effets du sport sur le cerveau décryptés

L’exercice physique a la même efficacité qu’une psychothérapie et peut renforcer celle des traitements pharmacologiques 

article publié sur http://francais.medscape.com/voirarticle/3602136

Pr Fabrice Chrétien

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 En raison de son effet antidépresseur désormais reconnu, « l’exercice physique régulier, pratiqué à une intensité modérée, peut être proposé comme thérapie adjuvante dans le traitement des troubles de l’humeur », a rappelé le neuropathologiste.

« L’exercice physique a la même efficacité qu’une psychothérapie et peut renforcer celle des traitements pharmacologiques. Il a aussi l’avantage de réduire le risque de rechute après une prise en charge par antidépresseurs. »

Libération de facteurs neurotrophiques

Si l’exercice physique agit sur l’humeur, c’est en partie grâce à l’activation de la voie de signalisation du facteur neurotrophique issu du cerveau (Brain-Derived Neurotrophic Factor-BDNF), dont la production est renforcée lors de l’effort physique, explique le Pr Chrétien.

« Cette hormone peptidique contribue à améliorer les fonctions cognitives, l’humeur et les capacités mnésiques ». Le BDNF agit en stimulant la croissance et la différentiation des neurones, en particulier au niveau de l’hippocampe, une structure impliquée dans la mémoire.

« Il a aussi l’avantage de favoriser la formation de nouvelles connexions synaptiques entre les neurones ». Autre effet non négligeable: le BDNF joue un rôle « très significatif » dans l’amélioration de la plasticité cérébrale.

Facteurs de croissance de l’endothélium vasculaire

L’exercice physique induit également une synthèse accrue du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF). « Dans le muscle au repos, environ 20% du réseau capillaire n’est pas perfusé. En sollicitant ce réseau, l’activité physique stimule la production de VEGF, qui assure le maintien des capillaires, tout en favorisant la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins », précise le Pr Chrétien.

Ces effets périphériques du VEGF ont les mêmes répercussions au niveau du cerveau. « En contribuant également à la formation de nouveaux vaisseaux dans le système nerveux central, le VEGF améliore la perfusion de zones cérébrales et contribue, par conséquent, à la neurogenèse ».

Troisième molécule en jeu: l’IGF-1 (Insulin-like Growth Factor-1). Là encore, la production de ce peptide est accentuée pendant l’effort physique. Or, « il a un rôle fondamental dans la croissance tissulaire et est impliqué dans le maintien des neurones. Croissance de l’hippocampe de 2%

Les effets du sport sur les structures cérébrales ont été mis en évidence dans plusieurs études. Des travaux conduits par une équipe américaine ont notamment exploré les répercussions sur la substance grise [2]. Pour cela, 60 volontaires ont été invités à pratiquer une marche sportive de 40 minutes, trois jours par semaine, pendant six mois.

Après ce programme, un examen par IRM a révélé, une augmentation du volume de l’hippocampe de 2%, par rapport à celui enregistré au début de l’étude, associée à une amélioration de la mémoire. Cette croissance s’est accompagnée d’une hausse du taux sérique de BDNF.

« D’autres études ont montré, en plus de la croissance de l’hippocampe, une augmentation du volume du cortex préfrontal, ainsi que du corps calleux ». Ce dernier assure la connexion entre les deux hémisphères cérébraux, « ce qui suggère une meilleure interconnexion entre les régions du cerveau », a souligné le Pr Chrétien.

L’activité sportive a montré un intérêt dans plusieurs maladies neurologiques, dont la maladie d’Alzheimer. « Des patients atteints de cette maladie ont ainsi pu voir leurs fonctions mnésiques et exécutives s’améliorer, après quelques mois d’exercice physique pratiqués quotidiennement. »

Résistance au stress

A côté de ces effets sur le long terme, le sport a aussi des répercussions neurophysiologiques plus immédiates. Il agit notamment sur la tolérance au stress, qui a des effets néfastes sur le système nerveux central, en induisant, lorsqu’il survient de manière répétée, la mort des neurones.

« L’exercice physique permet de renforcer la tolérance du système nerveux au cortisol, davantage produit pendant l’effort, ce qui assure plus tard une meilleure réaction à un état de stress », celui-ci induisant également une production accrue du cortisol.

 

La production d’endorphine est plus importante pendant des exercices modérés, que lors de la pratique sportive à un niveau intensif —

Pr Chrétien

 

Enfin, les bénéfices du sport ne peuvent être évoqués sans mentionner l’effet relaxant et euphorisant qu’il procure, tant vanté par les sportifs. Un effet qui implique plusieurs molécules endogènes psychoactives.

Selon le Pr Chrétien, « la phényléthylamine, une amphétamine endogène, atteint un niveau près de deux fois supérieure à la normale avec des exercices modérés. C’est un euphorisant majeur, qui a probablement un effet antidépresseur ».

Autre molécule synthétisée pendant l’effort: la fameuse béta-endorphine, un neuropeptide opioïde, qui provoque un état de bien-être et participe aux mécanismes antidouleur. Elle agit en complément des cannabinoïdes endogènes, qui participent également à l’effet euphorisant.

« La production d’endorphine est plus importante pendant des exercices modérés, que lors de la pratique sportive à un niveau intensif », note le neuropathologiste. « Elle est probablement liée à la dépendance au sport. »

 

REFERENCES :

  1. F Chrétien, Les effets neurobiologiques de l’activité physique, 14ème congrès de l’Encéphale, 20 janvier 2016, Paris
  2. K Erichson, MW Voss, RS Prakash, Exercise training increases size of hippocampus and improves memory, 15 fév 2015, 011 Feb 15;108(7):3017-22
  3. sources: http://francais.medscape.com/voirarticle/3602136
  4. infographie: http://news.doctissimo.fr/Psycho/Pas-toujours-motive-pour-le-sport-Tout-se-joue-dans-le-cerveau-30995

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5 réflexions sur “Les effets du sport sur le cerveau décryptés

  1. Oui, c’est vrai que selon le principe « un esprit sain, dans un corps sain » on devrait tous faire un peu de sport… mais pour moi, pas toujours facile de trouver le temps et la motivation. Adepte de la natation, c’est dur de persévérer l’hiver et sans amie pour se motiver, d’autant plus que l’eau des piscines est froide… pourtant, je sais qu’il faudrait !

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  2. C’est vrai qu’on sait que le sport est bon pour la santé mais c’est bien de savoir concrètement pourquoi. Surtout que les effets sur le cerveau sont plutôt oubliés au profit des effets sur l’apparence physique. Une article apprécié donc !

    Aimé par 1 personne

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